Billets qui ont 'Coen, Joel et Ethan' comme nom propre.

Wesh

Je pensais que c'était un tic exagéré dans le but de se moquer des jeunes de banlieue.

Après une heure de bus entre La Défense et Clichy (ligne 174) à côté de cinq adolescents, j'ai dû me rendre à l'évidence: ce n'est pas exagéré.

J'ai prêté Douglas Adams à M. Mais bon. J'ai un doute.
J'ai rencontré Laurent Chamontin. Plus tôt, je me demandais pourquoi je savais "depuis toujours" (depuis très longtemps) que Poutine était dangereux. Et je me suis souvenue de l'origine de ma défiance: le livre d'Anna Politkovskaïa .


Revu The Big Lebowski qui est pour moi le plus ennuyant des Coen. Pang de nostalgie en voyant Saddam Hussein au temps de la guerre du Golfe: le bon vieux temps. Comme tout cela a dégénéré. A regarder ainsi en arrière, on se demande quel monstre recèle le futur.

Retour à Noisy

Réunion d'équipe dans l'est parisien. (Dans l'ascenseur je croise Philippe, coïncidence).

Je ne connais pratiquement personne puisque nous n'appartenons pas à la même entreprise et ne travaillons pas sur les mêmes sites (un peu n'importe quoi, mon rattachement sur l'organigramme). Moment joyeux qui permet de mesurer le chemin parcouru et d'entrevoir les problèmes concrets que peuvent poser des décisions qui paraissent pourtant simplificatrices (par exemple, j'apprends que le matricule unique (qui suit un salarié à travers ses tribulations dans les diverses entreprises du groupe) pose des problème d'historique aux entreprises quittées par ce salarié: celles-ci perdent toutes les infos concernant ce salarié, car les données suivent le salarié dans sa nouvelle affectation, d'où des difficultés de contrôle de gestion. Rien d'insurmontable, évidemment, mais trente ans plus tard, je suis toujours étonnée par les conséquences que peuvent avoir des décisions paraissant aller de soi (un matricule unique, ça paraît tout de suite plus simple: eh bien non)).

J'apprends aussi les conditions de la dématérialisation des bulletins de salaire: ils doivent être déposés dans des "coffre-forts sécurisés", et à l'heure actuelle seuls la Poste et la Caisse des Dépôts proposent ce dispositif.

Quelques remarques (j'appartiens au service "Rémunérations et avantages sociaux") font clairement comprendre à ceux qui auraient eu encore des doutes que la retraite par répartition est en train de mourir: la question est de savoir ce qu'il vaut mieux proposer aux salariés, pour leur avenir (rôle social de l'entreprise, souhait d'être attractif à l'embauche, mobilisation de sommes à placer sur le marché financer) sans que cela ne coûte trop cher à l'entreprise (l'abondement, la loi Macron, etc).

Je rappelle avec le pessimisme qui me caractérise que les retraites par capitalisation ont fait faillite dans les années 30 et que c'est pour cela que le système par répartition a été mis en place: l'un n'est pas plus sûr que l'autre. Les coups de fil de retraités que je reçois semblent prouver une chose : il faut être propriétaire de son toit et il ne faut pas vivre seul (en couple, en fratrie, entre amis, en famille…), cela permet les économies d'échelle.

Je rentre tôt ce qui me permet d'aller voir Avé César des frères Coen. En attendant le début de la séance je découvre que la ville a mis en place des étagères de troc de livres. Je prends Le chêne et le veau, un Anatole France, une biographie de Reinhart Heydrich et Une saison d'anomie de Wole Soyinka. Je pourrai y ramener un ou deux livres (pas grand chose car je n'ai pas beaucoup de livres superflus).

Le Coen fait partie des non-films tels que les deux frères en font régulièrement, tous les deux ou trois films, un truc kitsch sans queue ni tête (le répertoire des clichés du cinéma en 1945) dans lequel je ne peux m'empêcher de voir un grand amour du cinéma malgré tout.
Surprise : deux films de suite qui commencent par un visage du Christ (Les 8 salopards): c'est le nouveau must?

No country for old men

Attention, spoiler.

J'étais un peu inquiète en allant voir ce film, à cause de Slothorp qui le qualifie de raté, tout en qualifiant Miller's crossing de chef d'œuvre, ce qui m'amène à penser que nous avons quelques jugements communs.

Depuis Fargo, j'ai coutume de dire que les frères Coen adorent l'Amérique mais détestent les Américains. Depuis Fargo, je distingue les films "d'intérieur" et les films de paysage, et dans les films de paysage, je regarde la quantité de ciel cadré dans les images. Depuis Fargo, je donne une couleur à chaque film: blanc pour Fargo, bien sûr, jaune pour O'brother, rose et bleu pour Intolerable cruauté, noir pour Lady killers. No country for old men est jaune et ocre et brun, de la couleur de Duel, avec cette qualité de lumière et de couleurs que je ne connais que chez les frères Coen, extrêmement nette et brillante.

Il y a deux choses que j'aime chez les frères Coen: leur art de la stylisation et leur faculté d'accélération une fois qu'ils estiment que le spectateur a compris les lois internes au film. Par exemple, les meurtres (l'acte de tuer) filmés avec précision au début disparaissent peu à peu de l'écran, ils ne restent que les cadavres, puis les cadavres eux-mêmes disparaissent, il ne reste que le sang ou l'absence de sang (sur les semelles). La première fois que le tueur est blessé, nous assistons à la façon dont il se soigne, la seconde fois il s'éloigne en clopinant. On sait. Il est devenu inutile de voir. Plus le film avance, moins il donne d'images, au spectateur de combler les trous, de trouver les liens logiques, de franchir les abîmes, et tout cela provoque et accentue l'impression d'inéluctable: rien ne pouvait se passer autrement, la preuve, nous devinons ce qui s'est passé sans même qu'on nous le montre.

Cependant, cependant… Ce qui est déstabilisant dans ce film, c'est qu'il y a deux cadres qui se chevauchent de guingois: un qui encadre le shérif, l'autre qui encadre l'histoire du cow-boy et du tueur. Cette seconde histoire obéit à peu près aux règles des films qui contreviennent aux archétypes (le méchant très méchant s'en sort, le gentil non), elle est filmée selon les principes de stylisation et d'accélération évoqués plus haut.
L'autre cadre est beaucoup plus étrange. Autour du shérif, le temps ralentit. Le shérif remonte aux sources. Le film commence sur son monologue, le shérif raconte l'histoire de son père qui était déjà shérif sur cette terre, dans ce pays. Il se termine encore par un monologue du shérif, qui parle encore de son père. Le shérif a abandonné, il a vu trop de morts, il y a trop peu de sens dans tout cela, et on (il) ne peut protéger personne. Il ne veut plus de cette impuissance, il rentre chez lui, il devient inutile, même sa femme ne veut pas de son aide (— Tu veux un coup de main? — Franchement, je préfère pas.), il est désœuvré, il s'est volontairement désœuvré, ce qui lui est finalement aussi insupportable que son ancien métier: faire ou ne pas faire, les deux sont insupportables. Abandonner n'est pas un choix. Le seul choix, c'est de continuer. Ce n'est donc pas véritablement un choix non plus.

Est-ce cela qui serait "raté"? Etait-ce une mauvaise idée d'entourer un film mi-policier, mi-western, mi-film gore, mi road movie, d'une bordure nostalgique, presque désespérée?
Le spectateur américain repère du premier coup d'?il que l'action se déroule dans les années 70. Aux autres on donne quelques indications: la Ford est de 1977, la télé est en noir et blanc. Il m'a fallu du temps pour me rendre compte de ce brouillage, le même que celui de La Grande Illusion (par exemple): ce film censé nous montrer une histoire des années 70 nous montre avant tout l'époque à laquelle il est tourné: abandonner n'est pas un choix possible, il faut continuer.
J'ai eu l'impression d'avoir vu un film politique, un film qui serait pour l'époque actuelle l'équivalent des films de l'époque de la guerre du Vietnam, mais avec un message inverse. Est-ce que j'ai trop d'imagination?
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